douceur-et-lumiere

Elle....

« Il y a, dans le cœur d'une femme qui commence à aimer, un immense besoin de souffrir. »
Charles Nodier

J'avais perçu un changement, dans sa manière d'être et d'aimer, depuis qu'ils s'étaient séparés. Elle n'en montrait souvent rien, mais ce changement était là, imperceptible quasiment pour tout le monde. Sauf pour ceux qui la connaissaient parfaitement bien. Dont moi.

Ania était le genre de personne excessive en tout et théâtrale. Sa vie était une pièce qu'elle vivait à chaque moment. Elle ne jouait pas, elle ressentait vraiment. Peut être exagérait-elle pour certains. Je le sais, pour l'avoir souvent vu, que ce n'était pas le cas. Ce qui pouvait paraître « trop » aux yeux des autres étaient juste ce qu'elle ressentait. Elle avait sans doute une propension à ressentir les émotions bien plus forts que les autres.

C'est cette propension qui l'amena, lors de sa première rupture avec le premier homme qu'elle aimait vraiment, à songer sérieusement au suicide. Puis, ayant fini par lui promettre de ne jamais le faire, et étant une femme qui tenait ses promesses, elle sombra peu à peu dans la boulimie chronique.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, elle continuait malgré tout à voir cet homme, à l'aimer secrètement, et à se détruire petit à petit, au fur et à mesure des mois. Sa douleur était visible. Elle ne savait pas la cacher et n'en avait aucune envie. Sa relation avec lui avait été trop passionnelle, trop fusionnelle pour qu'elle joue à ne rien ressentir. C'était au-delà de ses forces.

A ce moment là, elle avait déjà changé. Et tout le monde l'avait vu. Elle le haïssait et l'aimait tout à la fois, avec autant de fougue, de hargne, d'espoir et de passion qu'auparavant. J'avais constaté qu'elle disait sa vie finie. Elle se laissait complètement couler. Elle me faisait peur à ce moment là, car je pensais vraiment qu'elle voulait en finir. Qu'elle ne s'en remettrait pas.Mais j'ai fini par m'apercevoir qu'elle se mettait à dire qu'il était l'homme de ses rêves. Or, on ne vit pas avec l'homme de ses rêves. Car dans les rêves, tout est parfait. Et la vie ne l'est pas. Il lui fallait donc un homme qui ne le soit pas pour qu'elle puisse vivre dans la vie avec lui. Et puis un jour, elle sourirait pour un autre homme....ce qui arriva l'année d'après.

Bien qu'elle ait craqué pour un autre ne signifiait pas pour autant que cette page de sa relation avec lui soit finie définitivement. Je sentais qu'il y avait toujours quelque chose de spécial entre eux. Une étincelle qui ne demandait toujours qu'à s'enflammer. Leur relation était toujours aussi forte et tout le monde s'en rendait compte. Et se posait des questions.
Mais elle ne disait rien de ce qu'elle partageait avec lui, de ce qu'ils faisaient. Bien que je le lise dans ses yeux et me doute de quelque chose. Mais c'était son secret, et je le respectais.

Il lui aura fallu trois longues années pour définitivement l'oublier comme amour et pour le considérer, bien que l'aimant encore, comme un ami. Elle se rendit compte de cela lorsqu'elle tomba amoureuse d'un autre.

C'est suite à sa rupture avec cet autre qu'elle changea. Elle disait, tout comme pour le premier, ne plus jamais tomber amoureuse. Mais là... C'était différent. Je ne sais pas comment l'expliquer. Mais je le sentais. Elle s'était mise à rire très vite, à ne plus pleurer devant moi tout aussi vite, alors que pour le premier, elle s'épanchait sur mon épaule pendant des heures et des heures. Ce n'est pas par fierté ou orgueil qu'elle ne pleurait plus. Ce n'est pas son genre. Je sais aussi que ce n'est pas qu'elle l'aimait moins que le premier. Bien au contraire, elle l'aimait beaucoup plus. Elle l'avait aimé comme une femme aime un homme. Elle l'avait aimé tendrement, passionnellement mais plus équilibrée. Je pense, bien qu'elle ne me l'ait jamais dit, et qu'elle n'a jamais du lui dire également, qu'elle le considérait plus ou moins comme l'homme de sa vie.

Et elle l'avait perdu. Ils s'étaient séparés. Comme des adultes, sans anicroches, sans disputes, sans casser ce qu'ils avaient vécu. Mais elle avait enlevé tout ce qui pouvait lui rappeler cet homme. Elle avait fermé son cœur.
Elle me disait parfois qu'il lui manquait, que c'était dur, mais elle ne pleurait pas. Je sais qu'elle en parlait parfois à d'autres amies proches, mais sans jamais s'épancher comme elle le faisait avant.

C'est là son changement. Elle avait toujours été très ouverte sur ce qu'elle ressentait, elle ne se cachait pas. Et là... ce changement imperceptible. Ce rire parfois faux. Cette envie trop soudaine de vivre de nouveau, et d'oublier au plus vite ses blessures. Ce cynisme qui, elle le pensait, la protégeait, alors qu'en fin de compte, il ne faisait que l'éloigner de la vie et des autres...Cette réflexion selon laquelle, elle n'était pas faite pour l'amour. Elle dit cela alors même qu'elle a rencontré quelqu'un auquel elle s'attache jour après jour. Et que, même si elle ne veut pas s'engager, et je la comprends, elle se demande si elle pourrait lui plaire. Pour se rassurer. Pour se dire que peut être si un autre l'apprécie, il l'aime toujours encore, comme le premier l'aime toujours.

Je vois dans ses yeux toutes ses interrogations qu'elle partage avec sa meilleure amie et moi. Je lis dans son cœur ses peurs qui l'empêchent de dormir tous les soirs. Je ressens sa peur comme si c'était la mienne.
Et je ne sais pas quoi faire pour l'aider. Je sens qu'elle est paralysée. Qu'elle navigue et se noie parfois dans le passé tout en essayant d'accrocher l'avenir.
Elle voudrait, même si elle est encore amoureuse, se lancer dans une nouvelle histoire. Seulement si elle est sure de ne pas souffrir. Cependant, c'est parce qu'elle n'est pas sure qu'elle préfère être cynique et ne pas se lancer. Qu'elle préfère rester là a parler a ce nouveau personnage qui est entré dans sa vie. Qu'elle ne veut pas savoir si elle lui plait ou quoi que ce soit. Parce qu'elle a peur de la réponse. Et j'ai peur pour elle.

J'ai perçu son imperceptible changement. C'est véritablement devenue une femme. Une femme libre mais fragilisée qui enfouie en elle ses blessures pour paraître forte. Parce que c'est ce que tous ses amis lui ont dit : « tu es forte, tu t'en remettras ». C'est sans doute pour ca qu'elle n'a quasiment pas versé de larmes. Elles sont toutes encore enfouies au fond.
Je lui ai dit aussi qu'elle était forte. Qu'une fois surmontée sa première rupture, elle pouvait toutes les surmonter. J'ai peur qu'elle ait compris qu'elle ne devait plus pleurer, alors que c'est son mode de fonctionnement.
J'ai peur qu'elle pense vraiment qu'elle ne doit plus tomber amoureuse, mais qu'elle joue avec le feu malgré tout. Pour savoir si elle peut continuer à plaire sans s'engager.

J'ai peur qu'elle n'aime plus par peur de souffrir.
J'ai peur qu'en fin de compte, Ania ne soit personne d'autre que moi-même....

Vos commentaires

1 Le Lundi 21 Avril 2008 à 20:54 GMT+2, par vinciou or vishna

bizarrement, j'avais compris sans mm lire les petites lignes en bleu. T'as une de ces prose ki s'enrichit et s'embellit année après année tite ange!

2 Le Vendredi 30 Mai 2008 à 22:24 GMT+2, par gwenardel

c'est toujours un moment délicat, comme une plume d'ange, difficile de ne pas la froisser. Ainsi est la vie d'une femme...

3 Le Vendredi 30 Mai 2008 à 22:40 GMT+2, par ange

J'irai voir à la fnac alors, pcq j'aimerai effectivement le lire :)

Sinon, juste pour te prévenir, j'ai changé de bulle. (oui sur une ou je pourrais tt dire :) )

a bientot.

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